La situation mondiale actuelle ne permettant pas de faire de voyages (ni même de passer un week-end ailleurs en Allemagne), j’ai eu envie de me remémorer les quatre voyages les plus marquants que j’ai faits avant d’avoir des enfants. En juillet 2003, je suis allée passer deux semaines chez une amie qui travaillait à Asmara, la capitale de l’Érythrée.

  1. Le Liban
  2. La Malaisie

L’Érythrée… Certains ont peut-être du mal à la situer sur une carte ? C’est vrai que c’est un pays peu connu. Les dernières années, la situation politique intérieure s’est aggravée et il est actuellement impossible de s’y rendre, toutes les liaisons aériennes et les frontières terrestres ayant été fermées. Par ailleurs, le gouvernement érythréen a instauré le 2 avril 2020 un confinement général sur l’ensemble du pays pour une durée indéterminée : tout déplacement en véhicule privé y est interdit.

Carte trouvée sur ce site

L’Érythrée est un petit État africain d’un peu plus de 120 000 km², frontalier de Djibouti, de l’Éthiopie et du Soudan. Sur l’autre rive de la mer Rouge, on retrouve le Yémen et l’Arabie Saoudite. Mis à part la bande littorale aride, c’est un pays de hauts plateaux au climat plus tempéré, entre 1800 et 3000 mètres. Asmara, la capitale, est située à plus de 2000 mètres d’altitude.

L’Érythrée est un État indépendant de l’Éthiopie depuis 1991 après un conflit de trois décennies pour obtenir l’indépendance. Dans l’Antiquité, une grande partie du territoire actuel érythréen faisait partie du Royaume d’Aksoum, étape majeure sur les routes commerciales entre l’Empire romain et l’Inde. A partir du XVIe siècle, le littoral passe sous la domination de l’empire ottoman jusqu’au milieu du XIXe siècle. A la même époque, l’Italie entreprend la conquête de l’Éthiopie mais la défaite italienne à Adoua en 1896 l’interrompt. L’empire éthiopien tire d’ailleurs un grand prestige de cette victoire contre un État européen au moment où les puissances européennes se partagent l’Afrique.

L’Érythrée reste sous autorité italienne jusqu’en 1941, date de la défaite de l’empire italien face aux forces alliées, principalement britanniques. Les cinq décennies de domination italienne sur l’Érythrée ont laissé des traces visibles en Érythrée, principalement à Asmara.

Asmara, la capitale

J’ai passé en tout une semaine à Asmara, entrecoupée d’excursions dans d’autres villes car c’est ici que travaillait et habitait mon amie (comme quasiment tous les expatriés).

La ville aurait été fondée au XIIe siècle mais s’est réellement développée lors de la colonisation italienne. La légende de ses origines raconte que sur son territoire s’étaient, à l’époque, installés quatre villages qui se faisaient régulièrement la guerre. Un jour, quatre femmes en ont eu assez de ces conflits et des destructions et se sont unies pour faire la paix. La ville résultant de ces quatre villages se serait alors nommée ኣርባተ ኣስመራ, Arbate Asmera, ce qui signifie « Les quatre se sont unies », simplifié et italienisé en Asmara. Elle est située sur un haut plateau, à 2325 m d’altitude, ce qui lui assure un climat tempéré et accueille quasiment 900 000 personnes, ce qui en fait la plus grande ville du pays.

Asmara est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO en tant que ville africaine moderniste. En effet, on y retrouve plusieurs bâtiments construits dans les années 1920-1940 selon le style rationnaliste italien de l’époque.

La station service Fiat Tagliero, achevée en 1938 selon les plans de l’architecte italien Guiseppe Pettazi
Le garage IRGA dessiné par l’architecte italien Carlo Mazzetti en 1961
Le ministère de l’Education qui était auparavant la Casa del Fascio, le siège du parti fasciste (on remarque le F rouge couché)

On y retrouve aussi des bâtiments moins marqués par l’architecture moderniste de l’époque mussolinienne comme par exemple la poste centrale. Ce qui est intéressant, c’est que le nom est à la fois écrit en tigrinya, en arabe et en anglais. Le tigrinya s’écrit avec l’alphasyllabaire guèze qui existe sous cette forme depuis le IVe siècle. On voit aussi, sur le parking, un véhicule de la MINUEE (Mission des Nations Unies en Éthiopie et en Érythrée) présente de 2000 à 2008.

Parmi les autres bâtiments intéressants d’Asmara, il y a des villas coloniales, d’autres bâtiments administratifs datant de la domination italienne et bien sûr les centres religieux. Les principales religions sont le christianisme orthodoxe (copte), le christianisme catholique (surtout des descendants des colons italiens) et l’islam (sunnite).

L’église catholique Notre-Dame-du-Rosaire construite entre 1921 et 1923
La cathédrale orthodoxe Nda Mariam construite entre 1917 et 1920

On trouve aussi à Asmara un monument commémoratif de la guerre d’indépendance contre l’Éthiopie assez inattendu. Cette paire de sandales en plastique (les « shida ») était en effet les chaussures des soldats érythréens car le Front de libération était trop pauvre pour leur payer des bottes ou de meilleures chaussures. Pour les Érythréens, c’est un symbole fort de l’indépendance obtenue en 1993.

Keren

Keren est la deuxième grande ville de l’Érythrée (environ 150 000 habitants) et est située à une centaine de kilomètres au nord d’Asmara. Les habitants sont majoritairement musulmans et la ville est réputée pour son marché hebdomadaire aux chameaux.

La mosquée de Keren
Sur la route entre Keren et Asmara

Saganeiti (ou Sengeneiti)

C’est une petite ville d’environ 5000 habitants située à une quarantaine de kilomètres au sud d’Asmara. Elle est connue pour ses platanes immenses qui sont représentés sur les billets de 5 Nakfa (la monnaie locale) et ses rochers épars.

L’église catholique Saint-Michel

D’autres destinations

Je n’ai malheureusement pas de photographies numériques de ces excursions, seulement en argentique mais nous étions aussi allées à Senafe, petite ville dominée par de hauts rochers et avions, de là, rejoint le site archéologique de Qohaito où l’on peut notamment voir des peintures rupestres (grotte d’Adi Alauti). Nous étions restées peu de temps, la région ayant beaucoup souffert des destructions de la dernière guerre entre l’Érythrée et l’Éthiopie (1998-2000).

Nous étions aussi allées à Massaoua, située à une soixantaine de kilomètres à l’est d’Asmara et grand port de la mer Rouge. C’est une jolie ville, malgré les destructions des guerres, au croisement des influences arabe, éthiopienne, turque et italienne. Nous étions aussi partis quelques jours en bateau vers l’archipel des Dahlak. Le petit îlot où nous avions dormi à la belle étoile nous avait permis, juste en faisant du snorkeling, d’admirer de magnifiques poissons multicolores et le récif corallien l’entourant.

Ce séjour m’avait beaucoup plu, notamment pour la variété des paysages et la découverte d’un pays totalement exclu des réseaux touristiques. Il est peu probable que je retourne un jour en Érythrée mais j’aimerais beaucoup aller découvrir l’Éthiopie. Peut-être un jour quand les enfants seront grands…
Et vous ? Vous aviez déjà entendu parler de l’Érythrée ?

Photographie de couverture : dans une rue de la ville de Keren

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