Dans la nuit du 16 au 17 février 1962, Hambourg a connu l’une des pires catastrophes naturelles de son histoire : la moitié sud de la ville a été inondée, 340 personnes sont décédées.

En 1962, l’Allemagne est en plein miracle économique mais la reconstruction des zones bombardées et la construction de nouveaux logements pour les nouveaux habitants (croissance démographique et flux des réfugiés des anciens territoires allemands de l’est) ne sont pas terminées. Après être descendue à un million d’habitants en mai 1945, Hambourg dépasse 1,8 million d’habitants au début des années 1960. Cependant, les entreprises du bâtiment sont encore occupées à dégager les ruines et les décombres des bâtiments détruits pendant la Seconde Guerre mondiale et il y a une véritable crise du logement à Hambourg et dans les grandes villes allemandes. Beaucoup d’habitants vivent encore dans des hébergements provisoires (centres d’accueil, barraquements, petites maisons des jardins ouvriers, etc.).

Les différentes administrations communiquent entre elles par téléphone, télégraphe et radio, la population est surtout informée par des affiches, les journaux, les hauts-parleurs de la police et des pompiers ainsi que les sirènes de la protection antiaérienne. La radio et la télévision ne peuvent interrompre rapidement leurs programmes et ne diffusent pas d’émissions en continu. Le moyen le plus rapide et efficace d’avertir les habitants d’un danger reste souvent les voitures à haut-parleur des pompiers et de la police ainsi que le déplacement des fonctionnaires dans chaque maison pour transmettre les informations.

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Le 16 février 1962, l’ouragan Vincinette atteint les côtes allemandes de la mer du Nord avec une force mesurée à 12 sur l’échelle de Beaufort, le vent a une vitesse supérieure à 120 km/h. Il arrive après plusieurs tempêtes de l’hiver 1961-1962 qui ont déjà fragilisé les digues. Le matin du 16 février, la station météorologique de Cuxhaven publie un avis de tempête avec un risque très fort d’inondation en lien avec la marée. L’Elbe est en effet un fleuve tidal, c’est-à-dire que son flux et son niveau sont influencés par la marée. L’amplitude moyenne des marées à Hambourg est de 3,5 mètres. L’ouragan accompagné d’orages de grêles et de chute de neige pousse l’eau vers l’Elbe, en direction des terres. La marée basse du 16 février se retrouve au niveau moyen… de la marée haute ! En effet, l’ouragan a lieu en même temps qu’une grande marée, ce qui aggrave encore le phénomène.

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L’ouragan et la crue de l’Elbe et de ses affluents provoquent plus de soixante brèches dans les digues hambourgeoises. A certains endroits, les flots passent même par-dessus les ouvrages de protection. Le 17 février, peu après minuit, les autorités de la ville comprennent que l’inondation risque d’avoir des conséquences dramatiques. Les premières brèches ont lieu vers une heure du matin. Les habitants des quartiers sud sont réveillées par l’irruption de l’eau dans les rues et les maisons. Dans les petites maisons des jardins ouvriers et des barraquements, souvent sans étage, l’eau atteint le toit en quelques minutes. L’électricité est coupée, le téléphone et le télégraphe aussi.
Face à cette situation catastrophique, Helmut Schmidt, le Senator der Polizeibehörde (l’équivalent d’un ministre de l’Intérieur pour la ville-Etat de Hambourg), réagit énergiquement et demande à 09h00, le matin du 17 février, l’aide de la Bundeswehr. Or, la Loi fondamentale (Grundgesetz) interdisait à l’époque à la Bundeswehr d’intervenir sur le territoire allemand. Helmut Schmidt expliquera ensuite que face au risque, il n’a pas regardé ce que disait la constitution allemande mais qu’il a décidé de tout faire pour sauver des vies. Les hélicoptères de l’armée vont sans cesse voler au-dessus des quartiers inondés pour sauver les personnes ayant pu se réfugier sur les toits et, les jours suivants, ravitailler les personnes bloquées dans leurs maisons devenues de petites îles.

La moitié de la ville de Hambourg, au sud de l’Elbe, est inondée. 340 personnes sont décédées (dont 222 à Wilhelmsburg), 20 000 habitants sont sans abri et plus de 6000 bâtiments sont détruits. Des milliers d’animaux se sont noyés dans ces espaces encore fortement agricoles.

La grande inondation de février 1962 reste dans la mémoire collective de la ville de Hambourg. D’énormes travaux ont été faits pour renforcer les digues et construire des bâtiments intégrant le risque de forte inondation, comme le nouveau quartier de HafenCity. En 1968, la Loi fondamentale de l’Allemagne sera modifiée pour y intégrer la possibilité pour la Bundeswehr d’intervenir sur le territoire allemand en cas d’état d’urgence. Helmut Schmidt est resté très populaire à Hambourg, sa ville natale mais aussi celle où il est décédé en 2015. Chancelier fédéral de 1974 à 1982, il reste l’un des hommes politiques allemands les plus appréciés en Allemagne. A Hambourg, le 10 novembre 2016, l’aéroport a pris le nom de Hamburg Airport Helmut Schmidt pour honorer son ancien sénateur.

Aviez-vous déjà entendu parler de cette dramatique inondation ?

Carte interactive des zones inondées en février 1962

Photographies d’archives sur le site de la NDR

Court reportage (en allemand) sur un portail de témoins

Photographie de couverture : la carte des zones inondées (en bleu foncé) trouvée ici

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